Archives de Catégorie: Peinture

CHAINDIA

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CHAINDIA

Le travail dans les champs de maïs terminé, les ouvriers sont heureux de se retrouver à l’ombre d’un arbre. La légère brise rafraîchit leur visage rouge de chaleur.

Lentement ils se dirigent vers la ferme où un bon vin leur sera servi. En arrivant l’un d’eux s’aperçoit qu’il a oublié sa pioche dans les terres. Et pensant que son maître va le châtier, il s’écrit tout haut :

 » Je donne dix sous à celui qui me la rapporte !  »

Chaindia la jeune servante l’entend et, immédiatement se propose. Aussitôt, elle s’élance à travers les grandes herbes sèches. Le soleil danse encore dans le ciel et ses rayons brûlent son visage. Elle ne sent rien ni même les gouttes de sueur qui glissent généreusement dans son corsage entrouvert.

L’ouvrier regrettant alors de donner son argent se met à jurer tout haut:

 » Si le diable pouvait au moins l’emporter !  »

La jeune fille qui avait saisit la pioche, à cet instant se trouva propulsée dans les airs. Elle se débat ne pouvant se libérer de cette force qui l’entraîne.

Ses cris alertent les paysans et les villageois qui accourent pour lui porter secours mais en vain. Elle sent les mains du diable l’enserrer davantage jusqu’à presque l’étouffer.

Ses forces s’amenuisent peu à peu.

Ses membres commencent à s’engourdir lorsqu’elle aperçoit au-delà de Mendive la petite chapelle de St Sauveur.

Un regain d’énergie lui donne le courage de laisser s’échapper dans un dernier soupir :

 » St Sauveur ! Ayez pitié de moi !  »

Aussitôt, la grâce la touche et elle se retrouve hébétée sur la terre ferme devant la chapelle.

© EMC Eguimendia le 20/07/2018

 

D’après un conte basque tiré du livre  » Légendes Basques de Jean Barbier

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LES TROIS VAGUES

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SAISON D’HIVER

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Saison d'hiver 2014 007

Taire les beaux jours, les souvenirs heureux, les meilleurs moments.

Insensible aux bruits de la ville, à tous ses artifices. Marcher dans la froidure de l’air qui semble vous engourdir.

Les gouttes de pluie transformées en papillons floconneux tourbillonnent. Et se déposent délicatement sur les cheveux, caressent le nez, puis les joues rougies. Pour ensuite s’introduire entre les lèvres endolories.

Un goût d’amertume à peine léger pénètre sa langue.

Alors l’esprit s’éloigne et se laisse envahir de pensées égarées…………

Les pas craquent dans la neige. Ils semblent résonner dans son coeur.

Pourtant son visage s’éclaire d’un sourire. Son âme a rejoint la sérénité.

L’effleurement de toutes ces couleurs clinquantes lui importe peu. Tout celà n’est qu’illusion dans sa paix intérieure…………..

Revenir au temps, où durant cette période, son père l’amenait dans les bois à la recherche du plus beau sapin. Une façon d’honorer Noël !

Marcher à ses côtés, écouter la nature, respirer. Essayer de suivre ses grands pas d’adulte, monter et escalader les côteaux. Entendre son souffle rapide et sentir le froid revigorer le corps.

Avancer dans les broussailles, à travers les ronces.

Et puis enfin avoir les yeux brillants de la joie de la découverte.

Un genévrier, petit arbre de Noël caché dans un bosquet. Ses délicieux arômes musqués titillent les narines, et malgré ses piquants qui blessent les doigts, le bonheur de ce moment partagé reste gravé dans la mémoire………

– Un gros flocon s’acharne sur ses yeux……………

Elle se surprend à penser qu’elle déteste la ville. Cette immensité où règne l’indifférence, elle la subit. Elle l’apprécie néanmoins par nécessité. 

Alors dans sa chambre sous les toits, elle essaie de l’effacer. Elle regarde par la fenêtre  le ciel bleu de l’espoir devenu gris cotonneux.

Elle sait ne pouvoir suivre le mouvement, courir après quelque chose que personne ne peut atteindre.

Elle a déjà lové au creux de son coeur ce petit rien, ce petit brin de vie qui ne se veut pas matérialiste.

ll n’est pas d’ici. Il est d’ailleurs…………..

C’est son père qui lui a fait entrevoir lorsqu’elle était enfant. Elle l’avait presque oublié !

Et aujourd’hui au milieu de l’euphorie des fêtes, ses yeux voient.

Qu’importe ces instants de joie factices. Son plaisir est dans l’intemporel.

L’enchantement renaît d’un éclat de regard croisé dans la rue, d’une voix, d’une odeur. Dans le sourire émerveillé d’un enfant devant les vitrines décorées.

Et pourtant, dans le regard de l’enfant, on perçoit une étincelle de tristesse qui laisse deviner le conflit de la richesse et de la pauvreté.

Ses paupières se ferment sur cette détresse qu’elle ne peut empêcher……………….

Les flocons s’attardent sur son corps qui a froid, et qui tremble de la fièvre de ce que lui offre ce monde.

Ses pas dérapent sur la chaussée glissante.

Elle voudrait courir se réfugier dans sa petite chambre, dans les jours heureux du passé, et retrouver le temps de l’innocence.

Elle voudrait s’endormir dans cette neige immaculée…………

Elle glisse sur les pavés enneigés………..se mord les lèvres, et dans le froid……….elle se souvient………..

Un petit sourire apparaît………

Elle sait qu’elle a déjà quitté ce monde qui n’est plus le sien.

© Marie-Claude EGUIMENDIA                 le 11 Décembre 2014

UN DOUX MOMENT

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Elle a hâte d’arriver auprès de lui, de passer son après-midi à lui parler des choses de la vie. Lui montrer des photos, des souvenirs…………….

Sur le chemin, ses pas résonnent. Elle ne les entend plus, perdue dans ses pensées.

Parfois le cri d’un oiseau la ramène sur le parcours de la réalité.

Les odeurs de la nature qui renaît lui titillent les narines lui rappelant son enfance lorsqu’elle parcourait la campagne. Ces parfums-là ne s’oublient pas.

Elle aimerait pouvoir les ramener avec elle et les offrir à celui qui l’attend. Car ce que l’on sent ne peut se dire en paroles. Ce sont seulement des sensations, des instants subtils, une euphorie impalpable………….

Elle est heureuse de le retrouver, et marche rapidement pour être plus vite à ses côtés.

Le gravier crisse sous ses bottes. Plus que quelques mètres, et voilà qu’elle grimpe les marches de l’escalier, impatiente de le serrer dans ses bras.

Elle est arrivée. Elle pousse la porte, et enfin le trouve allongé dans son fauteuil.

Il l’attend. Il l’a voit. Et son regard intense la fixe.

Une lueur de joie scintille dans ses yeux.

A sa façon, il accueille sa fille. Lui qui ne peut plus bouger ni parler.

Alors son visage se détend, et ses yeux lui racontent sa joie de la voir. Un doux moment de partage entre le père et sa fille…………..

Elle s’assoie près de lui, et lui prend la main. Cette main si fragile et sans vie, qui a tant travaillé.

Elle dépose un doux baiser sur sa joue fripée tout doucement en signe de salut respectueux. Une larme glisse le long de son visage……………..La présence de sa fille le rend heureux. Il n’est pas seul.

Parfois, elle reste des heures à le contempler. Il s’est assoupi. Pourtant, elle ne peut détacher son regard de ce corps meurtri qu’elle aime tant.

Elle caresse ses mains. Et ce contact apaisant le rassure.

Elle essaie de lui donner sa chaleur et son énergie dans un dernier geste d’amour qu’une fille peut donner à son père……………

MC Eguimendia le 18 Février 2014

LA PORTE

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La fillette aux boucles d’or gravit les marches quatre à quatre. Les planches grincent sous ses pas.

Une sensation, une perception. Quelqu’un la suit, l’observe.

Tous les soirs, elle monte se coucher avec cette appréhension.

Le couloir est sombre. Ce couloir au fond duquel on aperçoit un escalier de bois à moitié rongé par les années. Pas de lumière, les pièces froides et obscures ne laissent passer aucun rayon de joie.

L’enfant n’ose s’aventurer, elle perçoit de la peur.

L’horreur d’avoir peur du noir, du sombre, de la mélancolie, de la folie…………….

Elle ne peut plus respirer. Elle étouffe, suffoque. L’air ne circule plus et ses narines se pincent. Son coeur palpite et s’emballe.

Sa peau bleuit. Son sang s’engourdit dans les vaisseaux dilatés, prêts à éclater.

Une douleur s’insinue en elle et s’acharne sur son corps; seule dans sa souffrance.

Crier ………..Appeler ? Qui ? Sa mère ?…………………….Puis sentir sa chair devenir flasque jusqu’à quitter ce corps qui lui fait tellement mal.

A-t’elle encore la force de monter ces marches ?

L’effort se ressent jusque dans ses os qui lui semblent s’effriter à chaque mouvement. Un pas puis un autre. La souffrance s’amplifie, et dans ses yeux des perles commencent à luire. Elle les retient précieusement pour ne pas pleurer. Ne pas montrer son désarroi devant son impuissance à être une fillette comme les autres.

Se mordre les lèvres jusqu’à ce qu’une goutte de son sang glisse dans sa bouche…………. L’avaler et en garder le goût de l’amertume.

Elle continue à grimper cet escalier qui lui semble interminable.

Et elle voit d’horribles espèces d’insectes autour d’elle essayant de l’agripper, étendant leurs longues pattes filiformes pour saisir ses belles boucles blondes.

Elle se débat, secoue sa tête de marionnette dans tous les sens. Ebouriffée et étourdie, elle tente de leur échapper.

Ses oreilles résonnent du rire sinistre de ces êtres malfaisants. Elle ne peut crier, prise au piège de son angoisse.

Pourtant elle résiste, trébuche sur une lame de bois vermoulue, tombe presque sur le bord de la marche.  Son genou lui hurle sa douleur. Alors un regain d’énergie la surprend, et elle se hisse au sommet.

La sueur de l’effroi perle encore sur son front…………….

Cette porte tant désirée est là, prête à s’ouvrir sur la sérénité de son avenir.

14janvier2010 033

MC Eguimendia le 4 Février 2014